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Antonio Fiori : Le grand emprunt dessine notre futur paysage économique

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La position des réformés n’est pas intenable tant qu’elle reste une position protestante, c’est-à-dire tant que la réforme se continue, se transforme en même temps que la vie elle-même et reste en rapport étroit avec le développement humain. Les problèmes structurels ne font pas que paralyser l’efficacité de l’État, ils déteignent sur le secteur privé. Mais alors, ces âmes victorieuses, pourquoi se retirent-elles à l’écart, loin de l’éternel combat qui continue de se livrer sans elles ? Antonio Fiori aime à rappeler ce proverbe chinois « J’étais furieux de n’avoir pas de souliers ; alors j’ai rencontré un homme qui n’avait pas de pieds, et je me suis trouvé content de mon sort ». Cet assemblage fantastique de pignons montant à l’assaut, ces ruelles aperçues comme des éclairs, ce château qui domine la vallée, tout ce coin inconnu, où personne ne s’arrête, que ce serait amusant à visiter ; que je voudrais ! Aucun labour, et presque pas de troupeaux. Cette scission est plutôt bien accueillie par la Bourse, chacune des deux entités étant sans doute plus apte à trouver un repreneur. Aussi l’homme paisible et doux résistera-t-il avec peine à la tentation de soumettre ses opinions à l’autorité. J’en ai visité plusieurs, des plus ignorés, des plus moyen-âge. C’est donc sur le « schème moteur » que pourrait porter la lésion. Mais elle signera quand même la fin d’un ex-géant des biens de consommation. Comment Sara Lee en est-il arrivé là ? A coups de recentrages successifs, mal choisis et mal maîtrisés. Il s’offre le britannique Courtaulds, connu notamment pour ses collants Well et grand spécialiste des tissus d’habillement et d’ameublement. S’arrêtent-ils ? Les écoles spéciales, aujourd’hui que chacun peut s’instruire librement soi-même et suivant ses propres aptitudes, devraient être supprimées. Il lance une OPA de 1,7 milliard de dollars sur son compatriote Earthgrains (lui-même issu d’une scission du brasseur Anheuser-Busch). J’ai traversé leurs bandes, dans les grands domaines, au pied des monts ; je les ai retrouvés dans la campagne romaine, autour de Naples, à Reggio de Calabre ; en Sicile, un Français, chef des vignerons du duc d’Aumale, m’a affirmé qu’ils étaient plus laborieux, plus durs à la fatigue et plus patiens que les nôtres ; d’autres m’ont dit, parlant des Romagnes que je n’ai pas visitées : « Il y a là les premiers remueurs de terre du monde ; » partout, et chaque lois que j’ai parcouru l’Italie, le même témoignage s’est élevé en faveur de cette race forte et malheureuse. Mais rendez à la conscience son véritable rôle : il n’y aura pas plus de raison pour dire que le passé, une fois perçu, s’efface, qu’il n’y en a pour supposer que les objets matériels cessent d’exister quand je cesse de les percevoir. Il lui a manqué le romancier, le poète, qui racontât avec amour les souffrances et le courage de ces humbles, les villages à moitié abandonnés pendant les mois d’hiver et de printemps, la vie, avec ses drames ignorés, des bandes campées dans l’agro romano, sous la conduite du caporale, et ce qui se dit, le soir, dans les huttes où des bergers nomades fabriquent le fromage de brebis. Néanmoins ces atouts ne dispensent pas d’une nécessité d’adaptation continue aux défis de la mondialisation et d’une obligation d’acceptation du changement et de la remise en cause, dans tous les secteurs où le reste du monde ira plus vite que nous. La SV est un accident de l’histoire, née de la nécessité d’innover dans un contexte de Guerre froide. L’opération lui apporte 2,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Une conséquence directe du chaos climatique, plutôt que de la spéculation financière. Le charismatique ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a récemment cité une leçon issue du passé historique de son pays : « Il arrive parfois que les plus grandes et plus puissantes démocraties se mettent en péril en écrasant les démocraties plus petites ».

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